LA NORIA n° 2 - deuxième trimestre 1996

LA PHOTOGRAPHIE EST-ELLE UNE IMAGE PAUVRE ?

 

 

 

    Tel est le doute qui hante les critiques et plus particulièrement La Recherche Photographique (n°18, Printemps 1995). Question Cartésienne dans ses moindres recoins, qui doit se traduire par : "la photographie nous transmet-elle du sens ?"

Beaucoup ont déjà répondu, dans une sorte d'euphorie collective : NON, bien sûr ! avec un empressement et un enthousiasme qui relèvent plus d'une démangeaison que du souci, légitime, de rendre raison de la photographie, qui était celui de Roland Barthes.

 

    Dans le fond, on se demande si "quelque part", le subjectivisme nous a tellement replié sur nous-mêmes que toute référence à l'objet, tout caractère objectif nous devienne insupportable.

A ceux qui décrètent rapidement la pauvreté de la photographie, avec l'arrière pensée qu'il leur revient le rôle (si séduisant) de l'enrichir ou de la rendre plus "puissante", nous pourrions demander : la photographie est-elle pauvre POUR VOUS seulement, ou pauvre EN SOI ?

 

     Qui dira ce que sera la photographie demain ?

     Qui décidera demain si telle pratique de la photographie est plus créative que telle autre ?

   Si, comme on a pu l'entendre dans les discours d'inauguration de la Maison Européenne à Paris, la photographie est un art "plastique", alors nous pouvons craindre que cette "pauvre" photographie classique, celle que pratiquaient naguère Dieuzaide, Boubat, Doisneau et Cartier-Bresson ne soit considérée un jour comme historiquement dépassée, en tant que pratique.

 

    La Photographie est-elle donc, une image pauvre ? une simple gamme de gris ?

A cette question le philosophe André Comte-Sponville a répondu simplement :

"Pauvre comme la vérité".

Il n'y a pas de prétendue pauvreté de la photographie.

La photographie en elle-même, dans ses possibilités techniques n'a jamais été aussi riche.

   

    Il n'y a de pauvres que nos intelligences et nos regards fatigués, blasés, déroutés, blessés, victimes de ce syndrome moderne que Paul Virilio appelle très justement une "crise de la foi perceptive".